Protestations en Iran – Un massacre sanglant

Protestations en Iran – Un massacre sanglant

Paris – Après la vague de protestation anti gouvernementale secoue le Moyen-Orient, en Iran les manifestations se sont déclenchées, faisant plus de 200 morts, 3 000 blessés et 7 000 arrêtés dans les derniers affrontements entre les contestataires et les forces de l’ordre.

L’économie iranienne a atteint un creux historique. Le gouvernement iranien a annoncé, le 15 novembre, une hausse d’au moins 50 % du prix de l’essence, qui était jusqu’alors fixé à 10 000 rials, soit moins de 8 centimes d’euros. Il sera désormais de 15 000 rials (11 centimes d’euros) pour un maximum de 60 litres par mois. Chaque litre supplémentaire coûtera 30 000 rials (22 centimes d’euros). La situation économique actuelle de l’Iran a contraint le gouvernement à un torrent de compressions budgétaires, notamment dans le domaine de la protection sociale. Le taux de chômage du pays s’élève actuellement à 12,4 pour cent et avec 40 pour cent de la jeunesse iranienne, il n’est pas étonnant que les manifestants réclament non seulement des changements économiques mais aussi des réformes politiques.

Bien que la révolution iranienne de 1979 ait promis la démocratie, la justice sociale et la libération de l’anti-impérialisme, la corruption gouvernementale perdure encore 40 ans après la révolution. L’Iran est l’un des pays où l’essence est la plus subventionnée. Les bénéfices de la hausse du prix de l’essence doivent être redistribués aux Iraniens qui font face à des difficultés économiques, soit près de 75 % de la population, selon le président Hassan Rohani. Cependant, le peuple iranien a refusé cette dernière mesure du gouvernement et a appelé les dirigeants iraniens à se concentrer sur les questions intérieures plutôt que de s’engager dans des interventions à l’étranger.

Depuis un an, l’Iran vit à nouveau sous le régime des sanctions imposées par les États-Unis. Économie ralentie, chute de la monnaie iranienne, inflation record de près de 40 %…Les conséquences de la sortie des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018 et le rétablissement des sanctions économiques qui s’en sont suivi commencent à peser sur le quotidien. La campagne de  » pression maximale  » du président Trump contre l’Iran a provoqué une énorme tension, forçant le gouvernement à une pandémie de corruption qui a grandement contribué à l’agitation économique du pays. Le gouvernement iranien vise maintenant les installations pétrolières saoudiennes, soutient les groupes armés dans toute la région, a renié son engagement dans le cadre de l’accord nucléaire de 2015 et continue d’enrichir l’uranium, et réprime maintenant les manifestations populaires. Les États-Unis aident-ils vraiment ou provoquent-ils plus de détresse ?

La frustration du peuple iranien a déclenché une frénésie de protestations dans près de 70 % des provinces du pays. Les manifestants ont rapidement adopté une position politique en appelant les principaux dirigeants iraniens à démissionner. Des témoins oculaires ont signalé un usage excessif et meurtrier de la force par les forces de sécurité iraniennes contre les manifestations pacifiques. Des vidéos montrent des membres des forces de sécurité qui utilisent des armes à feu, des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, et qui frappent des protestataires à coups de matraque.

Dans son communiqué, Amnesty indique que “la fréquence et la persistance de l’utilisation de la force meurtrière contre des manifestants pacifiques au cours de ces manifestations de masse, et de précédents mouvements de protestation, ainsi que l’impunité dont bénéficient systématiquement les membres des forces de sécurité qui tuent des manifestants, incitent à craindre fortement que le recours intentionnel à l’usage meurtrier d’armes à feu dans le but de réprimer des manifestations ne soit devenu une politique gouvernementale.”

les Iraniens ont été coupés du monde après une restriction drastique de l’accès à internet, vue comme un moyen d’empêcher le partage des vidéos des troubles.

Alors que les manifestations de masse dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) prennent de plus en plus d’importance, les gouvernements utilisent les pannes d’Internet pour contrôler leurs populations mais aussi pour masquer l’ampleur de la répression. L’Iran dispose de son propre intranet qui a permis à des installations essentielles comme les hôpitaux et les banques de rester ouvertes, mais a empêché les citoyens d’accéder aux portails Internet appartenant au gouvernement – la porte d’accès à la connexion mondiale.

Il est profondément préoccupant que l’Iran bloque l’accès des citoyens à l’Internet, non seulement parce qu’il empêche les gens de se connecter au reste du monde, mais aussi parce que c’est clairement une tactique utilisée par le gouvernement pour renforcer le pouvoir et contrôler l’information et le contenu auxquels les gens sont exposés et peuvent avoir accès. NetBlocks Mapping Net Freedom a rapporté qu’après une semaine de fermeture, la connectivité a été rétablie avec le retour à la normale de 85 pour cent d’Internet, mais l’Internet mobile reste largement indisponible.

Plus de 700 banques et 140 sites gouvernementaux ont été incendiés lors des récentes manifestations contre la hausse du prix de l’essence, a annoncé le ministre iranien de l’Intérieur Abdolreza Rahmani Fazli à l’agence de presse IRNA. Ces incendies s’ajoutent à ceux de plus de 50 bases des forces de sécurité et 70 stations-essence, a ajouté M. Fazli, sans toutefois préciser où ces infrastructures ont été attaquées dans le pays.

Selon le ministre, le mouvement de contestation qu’a connu l’Iran à partir du 15 novembre, avant d’être sévèrement réprimé par les autorités, a rassemblé jusqu’à 200.000 personnes dans l’ensemble du pays.

Les autorités iraniennes avaient accusé des « hooligans » liés aux anciens responsables en exil, aux Etats-Unis, à Israël et à l’Arabie saoudite d’avoir attisé ces manifestations.

Le droit international prévoit que les forces de sécurité ne peuvent recourir à la force meurtrière que lorsque cela est strictement inévitable pour défendre des tiers contre une menace imminente de mort ou de blessure grave.

Les  autorités iraniennes doivent respecter les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’expression, notamment en levant le blocage quasi total de l’accès à Internet qui vise à restreindre le flux d’informations sur la répression vers le monde extérieur.

L’ONU et ses États membres pris individuellement doivent publiquement dénoncer la sanglante répression en Iran. Cette répression systématique ne doit pas être normalisée par l’élite iranienne. Le peuple iranien devrait avoir droit à une révolution politique pacifique et non sanglante.

De plus, alors que cette violence sanglante a dévoilé davantage le cauchemar autoritaire qui déchire l’Iran, les sanctions actuelles imposées par les États-Unis l’économie iranienne. Afin de susciter le changement, ces mesures punitives contre l’Iran doivent être assouplies pour permettre de renforcer la société civile du pays.

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