Pas d’avenir pour le Liban sans une véritable gouvernance démocratique

Pas d’avenir pour le Liban sans une véritable gouvernance démocratique

 

Paris – Le mardi 4 août 2020, une énorme explosion d’une cargaison de quelque 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, substance qui entre dans la composition de certains engrais mais aussi d’explosifs, stockée sur le port a fait plus de 170 morts et plus de 6 000 blessés. Jusqu’à 300 000 personnes sont sans domicile, et les dommages s’étendent à près de la moitié de la ville. Cet incident a provoqué la colère des libanais. L’explosion est considérée comme un coup de grâce à une population qui souffre déjà d’une grave crise économique et politique.

Les autorités estiment que l’explosion a causé plus de 3 milliards de dollars de dommages et que les pertes économiques collectives du Liban pourraient s’élever à 15 milliards de dollars. Le gouvernement libanais a décrété l’état d’urgence pendant deux semaines dans la ville. Au surlendemain des explosions massives survenues sur le port de Beyrouth, le président français Emmanuel Macron était en visite dans la capitale libanaise et a lancé  une conférence internationale avec l’Union européenne, les États-Unis et d’autres pays, qui a permis de collecter près de 300 millions de dollars d’aide pour le Liban. Macron a exhorté le gouvernement libanais à mener des « réformes indispensables » sans quoi le pays continuerait à « s’enfoncer ». Il a par ailleurs réclamé une enquête internationale « ouverte, transparente », afin d’éviter, selon lui, que « des choses soient cachées, et que le doute ne s’installe ». « Les financements sont là, ils attendent les réformes », a insisté Emmanuel Macron, citant l’énergie, l’électricité, la commande publique, les douanes, la lutte contre la corruption, et réclamant le lancement rapide d’un audit des comptes du pays.

L’explosion dévastatrice qui a ravagé la capitale, a amplifié la colère de la population. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour exiger des réformes dans le pays. Ils avaient brièvement pris d’assaut les ministères des Affaires étrangères, de l’Economie, de l’Energie, ainsi que l’Association des banques. Appelant au démantèlement complet de l’élite dirigeante, des foules de 5 000 à 10 000 personnes ont défilé en scandant des slogans anti-gouvernementaux, certains lançaient des pierres et des pétards sur les forces de sécurité qui répliquaient avec des tirs de gaz lacrymogènes. Plus de 700 manifestants ont été blessés et un policier a été tué. L’ambassade des Etats-Unis à Beyrouth a déclaré son soutien au droit des libanais à manifester pacifiquement et a « appelé toutes les parties concernées à s’abstenir de recourir à la violence ». « Le peuple libanais a trop souffert et mérite d’avoir des dirigeants qui l’écoutent et changent de cap pour répondre aux revendications populaires de transparence et de responsabilité », a déclaré l’ambassade sur Twitter.

Le premier ministre libanais Hassan Diab a annoncé la démission du gouvernement. “Aujourd’hui j’annonce la démission de ce gouvernement”, a dit le premier ministre, accusant la classe politique d’être la cause de ses échecs et dénonçant la “corruption” ayant conduit à “ce séisme qui a frappé le pays”. “J’ai découvert que la corruption institutionnalisée était plus forte que l’Etat”, a ajouté amèrement Hassan Diab.

En décembre 2019, Hassan Diab a été nommé premier ministre en réponse à un soulèvement populaire qui avait déjà poussé son prédécesseur Saad Hariri à la démission. La classe politique est accusée d’être responsable de la situation économique catastrophique. Depuis octobre, la livre libanaise a perdu 70% de sa valeur. La colère sociale s’amplifie, alors que le pays traverse l’une des pires phases de récession de ces trente dernières années, avec plus du quart de la population vivant sous le seuil de pauvreté, d’après la Banque mondiale.

Depuis le pacte national du pays en 1943, le système politique en vigueur au Liban, qui compte 18 communautés religieuses, est basé sur le principe d’une démocratie consensuelle. Il repose aussi sur une répartition confessionnelle des fonctions officielles et administratives. Cependant, ce système est accusé de préserver les intérêts de élites traditionnelles formées par les mêmes grandes familles qui dominent toujours le paysage politique. Le pacte, censé instaurer une atmosphère démocratique, a abouti à une kleptocratie et a renforcé un modèle politique marqué par le féodalisme et le népotisme politiques.

Aujourd’hui troisième dette mondiale derrière le Japon et la Grèce, la dette publique libanaise culmine à plus de 86 milliards d’euros, soit 151 % du PIB selon le FMI.

30 % des jeunes du pays sont sans emploi. Les taxes proposées par le gouvernement pour lutter contre l’augmentation de la dette ont affecté les services publics du pays, dont l’accès à la nourriture, à l’eau et à l’électricité.

La récente explosion aggrave à présent les difficultés du pays, la valeur de la monnaie va sans doute encore baisser, des centaines de milliers de personnes vont sombrer sous le seuil de pauvreté. L’agence alimentaire des Nations unies a averti que Beyrouth pourrait être à court de pain dans deux semaines et demie, car 85 % des céréales passent par le port détruit de Beyrouth.

Un véritable changement de cette classe dirigeante de longue date est impératif pour que le pays puisse sortir de l’impasse politique. Le sectarisme a engendré une atmosphère toxique. Le Liban a l’occasion de s’attaquer à ce problème en comblant ces fossés sectaires pour exiger des réformes. Le peuple libanais doit accepter un gouvernement avec des responsables compétents, indépendamment de leurs appartenances religieuses et politiques. Désintoxiquer la société de décennies de méfiance, surtout en cette période de désastre historique et douloureux, sera un acte de foi, mais essentiel pour reconstruire une société libanaise désormais divisée.

L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme (AFDH) appelle à une transparence et une démocratie totales qui permettent aux personnes les plus compétents de servir l’État. Ils doivent être tenus responsables de leurs actes. Le peuple doit être libre de choisir les individus ou le parti qui représentent le mieux ses aspirations sans craindre les conséquences d’un tel choix. Nous pensons qu’aucun individu ou parti ne doit plus jamais imposer sa volonté à l’ensemble du pays.

Bien que nous croyions à la justice, l’AFDH demande une grâce générale avec des comités de vérité et de réconciliation, suivie de sanctions judiciaires strictes pour tout acte de corruption futur.

Enfin, nous appelons la communauté internationale à poursuivre son soutien au Liban. Nous espérons que le peuple Libanais  pourra un jour reconstruire son économie et rétablir sa confiance, dans un pays où le sectarisme et la corruption seront remplacés par une véritable gouvernance démocratique.

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