“Nous vivons dans la peur et l’inquiétude chaque jour”. La Covid-19 fait des ravages dans la prison centrale de Sanaa

“Nous vivons dans la peur et l’inquiétude chaque jour”. La Covid-19 fait des ravages dans la prison centrale de Sanaa

Paris – L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme (AFDH) et L’Association des Mères de Victimes d’Enlèvement demandent instamment la libération des personnes enlevées ou détenues dans la prison centrale de sécurité de Sanaa, au Yémen, en raison de la propagation de la Pandémie (COVID-19) à l’intérieur.

Selon l’Association des Mères de Victimes d’Enlèvement, un cas suspecté d’avoir contracté le coronavirus dans la prison centrale de Sanaa a été détecté pour la première fois le 25 mai 2020. Cette nouvelle a été confirmée le 1er juin 2020. Muhammad Wassel, âgé de 54 ans enlevé et maintenu en détention, se trouve actuellement dans un état critique en ayant besoin de l’aide d’un ventilateur pour respirer. Sa famille qui ne peut pas lui rendre visite, a déclaré à l’AFDH qu’elle attend la libération de son fils depuis deux ans. Mais aujourd’hui, la famille craint pour sa vie après avoir découvert qu’il a été infecté par le coronavirus COVID-19.

« Il souffre seul en prison, il se bat pour sa vie alors que nous souffrons à l’extérieur en craignant le pire. Nous vivons dans la peur et l’inquiétude chaque jour ». La famille aurait demandé de l’aide au niveau local mais n’a reçu aucune réponse à ses appels. « Sa vie et sa sécurité sont très importantes pour nous. Nous appelons tout le monde à nous soutenir pour obtenir sa libération. Nous avons besoin de l’aide pour sauver la vie de notre fils », a ajouté sa famille.

Bien que l’on pense que Wassel soit en « quarantaine », la prison centrale de sécurité n’a consacré que quatre cellules pour isoler les détenus atteints de la COVID-19, et a affecté deux personnes par cellule alors qu’une seule personne devrait occuper chaque cellule. De plus, les soins médicaux pour les personnes enlevées placées en quarantaine ne sont que le strict minimum, même les désinfectants pour les mains ne sont pas fournis par les gardiens de prison mais par les familles des personnes détenues. Deux groupes, dont beaucoup sont malades, ont été transférés de la prison centrale de sécurité vers des prisons inconnues, ce qui les expose davantage à la menace de la COVID-19. Depuis leur transfert, on est sans nouvelles de leur emplacement.

Les parties au conflit au Yémen ne fournissent pas les soins médicaux nécessaires pour lutter contre la pandémie mondiale et protéger le droit à la santé. L’Association des Mères de Victimes d’Enlèvement a constaté que les personnes détenues souffrant de problèmes de santé sont incarcérées dans des prisons surpeuplées, qui manquent de soins médicaux et présentent de piètres conditions d’hygiène et sanitaires. L’effectif du personnel médical est insuffisant et généralement peu qualifié pour faire face aux urgences ou aux pandémies telles que la COVID-19. Leur seul travail consiste à diagnostiquer et à prescrire des médicaments sans les délivrer.

En plus, les familles ne peuvent pas  avoir accès aux rapports médicaux. Les administrations pénitentiaires refusent d’envoyer les personnes enlevées et les détenus à l’hôpital à moins que leur santé ne se soit gravement détériorée.L’Association a documenté 14 décès dus à la privation de soins médicaux dans les prisons Houthis. Des données similaires ont révélé que 107 civils malades enlevés sont détenus par le groupe armé Houthi et 12 autres sont détenus par le gouvernement.

Dans une déclaration à l’AFDH, l’Association des Mères de Victimes d’Enlèvement a noté que: « les parties belligérantes au Yémen ne se soucient pas de protéger la vie et la sécurité des personnes enlevées et ne respectent pas les lois de l’administration pénitentiaire ».

À ce jour (mercredi 10 juin 2020), le coronavirus a infecté 7 342 555 personnes et tué 414 124 personnes dans le monde. Au Yémen, 524 personnes ont été infectées et 127 sont décédées. Ces chiffres sont probablement beaucoup plus élevés en raison de l’effondrement du système de santé. Le Yémen a également l’un des taux de dépistage par habitant les plus bas : 4 sur 1 million dans une population de 29,7 millions d’habitants.

L’Association des Mères de Victimes d’Enlèvement tente de recenser les disparus, mais surtout de soutenir les familles des disparus, afin qu’ils obtiennent la libération des leurs. Détenues par des groupes armés tels que le groupe armé Houthi ou les forces du  gouvernement internationalement reconnu du Yémen, les personnes enlevées sont soumises à des arrestations et à des peines de prison arbitraires sans inculpation en raison de leurs diverses convictions politiques.

Enlevés à leur domicile, sur leur lieu de travail ou dans la rue, les groupes armés détiennent des civils sans aucun mandat légal, confisquent leurs documents, pillent leurs propriétés, agressent les membres de leur famille et, dans certains cas, les assassinent. L’Association a recensé 244 prisons officielles et non officielles houthis, dont 137 sont des centres de détention secrets. Les détenus sont disparus pendant des périodes allant de deux semaines à six mois. Pendant cette période, ils sont soumis à une torture systématique qui a entraîné la mort d’au moins 71 civils. En plus, les personnes enlevées ne bénéficient pas d’un procès équitable. Sur 1778 détenus, seuls 57 d’entre eux se sont présentés devant un juge dont 47 ont été condamnés à mort.

Les conditions de vie inhumaines dans de nombreux centres de détention et prisons représentent un risque sérieux à la santé des personnes enlevées, tant sur le plan physique que mental. Les cellules sont surpeuplées, les personnes détenues n’ont pas accès aux conditions les plus élémentaires d’une vie saine. Elles sont particulièrement exposées à la  COVID-19 en raison de l’hygiène précaire, de l’impossibilité d’appliquer des mesures de distanciation sociale et de l’insuffisance des soins médicaux.

La mauvaise ventilation, l’absence de climatisation en été ou de chauffage en hiver rendent les conditions de vie dans les prisons insupportables. Les seuls aliments servis sont le riz à moitié cuit et les pommes de terre bouillies. Les familles n’ont pas le droit de fournir des aliments comme les fruits et les légumes pour les détenus.

Toutes les parties au conflit, y compris les forces houthies, le gouvernement yéménite, la coalition et les forces yéménites, se sont livrées à des pratiques de la torture physique et psychologique, pour obtenir des aveux sous la contrainte.

Les diverses formes de torture sont les agressions sexuelles, le harcèlement, les coups brutaux, l’électrocution, le déchaussage, les brûlures, la privation de nourriture et de sommeil, la prévention de la lumière du jour et l’utilisation des toilettes. Ces tortures et mauvais traitements ont entraîné de profonds dommages psychologiques et mentaux, dont 8 cas de paralysie, 7 cas d’accidents vasculaires cérébraux, 3 cas de déficience visuelle, 7 cas de lésions des fonctions rénales et 3 cas de déficience auditive dans les prisons armées de Houthi. L’association des mères de personnes enlevées a également documenté 20 cas de troubles mentaux.

L’Association des Mères de Victimes d’Enlèvement et L’Association Francophone appellent:

1- Les parties belligérantes à respecter l’accord de Stockholm, qui oblige toutes les parties à libérer toutes les personnes enlevées, détenues et disparues de force. La communauté internationale doit faire pression sur les parties en conflit pour qu’elles appliquent l’accord à la lumière de l’épidémie de COVID-19.

2- Les parties belligérantes à libérer sans condition toutes les personnes enlevées et détenues.

3- Tous les militants et les organisations des droits de l’homme dans le monde entier à former des groupes de pression pour soutenir et sauver les victimes.

4- La parties belligérantes et la communauté internationale à fournir des soins médicaux appropriés, supervisés par des organisations internationales, capables de lutter contre les les pandémies pour les personnes enlevées et détenues.

Depuis 2016, l’Association des Mères de Victimes d’Enlèvement suivi 2480 personnes enlevées détenues par le groupe armé Houthi. En travaillant sans relâche avec de nombreux militants internationaux, médiateurs et autorités judiciaires, 936 civils ont été libérés.

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