Les droits de l’homme à l’épreuve du coronavirus

Les droits de l’homme à l’épreuve du coronavirus

 

Paris-  La pandémie de Covid-19 constitue un test pour les différentes sociétés et les différents pays à collaborer ensemble en tant que communauté de nations face à un défi commun. Solidaires, de nombreux gouvernements et individus ont fait face à la situation en faisant tomber les barrières sociétales et culturelles existantes. Toutefois, les violations des droits de l’homme ont longtemps précédé les maladies répandues et, dans de nombreux cas, le nouveau coronavirus a intensifié les violations profondément enracinées.

Alors que le virus continue de se propager à une grande vitesse en Chine, faisant croître le nombre de victimes, la peur des gens, due à la nature imprévisible du virus gagne du terrain. Les différentes réactions et tentatives des gouvernements pour contenir l’épidémie ont encore renforcé cette crainte.

Israël: L’extrême surveillance

En israël, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a déclaré l’état d’urgence sans ordonnance du tribunal et a autorisé l’usage de méthodes de surveillance électronique de masse, d’ordinaire réservées à la lutte antiterroriste, pour endiguer la diffusion de l’épidémie due au coronavirus. Israël, impliqué depuis des années dans le conflit en Cisjordanie et dans la bande de Gaza,  a une longue histoire de violation des droits démocratiques, de destruction des maisons palestiniennes et d’arrestations arbitraires.

Cette mesure autorise le service de sécurité intérieure à collecter immédiatement des données sur les citoyens. La police pourra obtenir, sans autorisation de justice, la localisation des porteurs du coronavirus et des personnes en quarantaine via les opérateurs téléphoniques. Le gouvernement pourra utiliser la localisation des malades sur une période de 14 jours ayant précédé leur diagnostic afin d’identifier leurs trajets et les personnes avec qui elles sont entrées en contact, selon ces détails. Cette nouvelle mesure a été dénoncée par des militants des droits civiques, des politiciens et des experts de la santé, qui ont affirmé que le gouvernement israélien allait trop loin et que cette mesure porterait atteinte de manière excessive à la vie privée des citoyens.

Israël a mis en place des restrictions strictes de voyage et des auto-isolements obligatoires. Toutefois, les stratégies d’espionnage doivent être utilisées avec précaution étant donné l’historique d’abus de pouvoir d’Israël. L’accès à l’information doit être limité aux professionnels de domaines spécifiques liés à la lutte contre le virus afin de garantir la protection de la vie privée des personnes contre toute violation.

Le site web du ministère de la santé ne contenait pas d’informations et de conseils sur l’épidémie de coronavirus en arabe. Muhammad Barakeh, président du Comité supérieur de surveillance arabe qui représente les citoyens arabes et les groupes palestiniens en Israël, a constaté un énorme manque d’informations en arabe sur la pandémie et sur la manière dont les gens devraient se protéger. Avec 20 % de la population israélienne parlant l’arabe, cet échec du ministère de la santé intensifie encore plus l’intolérance profonde et continue envers les Palestiniens. Au cours d’une pandémie impitoyable comme celle-ci, il ne doit pas y avoir de place pour la discrimination.

Racisme anti-chinois

La pandémie de COVID-19 a entraîné une croissance de la xénophobie et du racisme envers les personnes originaires de pays touchés par la maladie. Certains ont qualifié le coronavirus de « virus chinois ». Entre insultes et discriminations, la panique du virus a libéré un violent sentiment antichinois à travers le monde. Des images en ligne ont montré des touristes chinois se faisant attaquer, crier, cracher dessus et être accusés de propager la maladie.Des restaurants avaient annoncé refuser les clients chinois. Les plaisanteries grossières, les attaques publiques et les titres de journaux racistes alimentent la stigmatisation à l’égard de la communauté asiatique à un moment crucial qui exige le respect, l’empathie et l’autonomisation par une humanité partagée.

Censure et liberté d’expression

L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme (AFDH) est préoccupée par la crise sanitaire dans les pays à régime totalitaire, où la liberté d’expression et l’accès à l’information sont déjà limités, voire interdits. Alors que les gouvernements s’efforcent de lutter contre la propagation du virus, les mesures que certains gouvernements ont prises menacent les droits de l’homme fondamentaux.

La mort de l’ophtalmologue Li Wenliang en Chine est un exemple désastreux de la façon dont la suppression des informations vitales sur des questions d’intérêt public pour préserver la stabilité d’un pays ne fait qu’aggraver la situation. Wenliang a contracté le nouveau coronavirus alors qu’il travaillait à l’hôpital central de Wuhan. Fin décembre 2019, il avait adressé un avertissement à ses collègues médecins au sujet de patients présentant des symptômes similaires à l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui avait débuté dans le sud de la Chine en 2002. Il a immédiatement été réduit au silence et sanctionné par les autorités locales pour “propagation de rumeurs”. Il a été diagnostiqué comme étant lui-même contaminé par le virus. Wenliang est mort du virus le 7 février. Son décès a provoqué une polémique en Chine à propos de la censure de l’information par le gouvernement et de l’absence de liberté d’expression.

La suppression et la manipulation de l’information ont contribué et continueront de contribuer à la propagation du coronavirus. Les gouvernements doivent donc cesser de censurer les informations et de les diffuser pour garantir la sécurité de leurs citoyens et du reste du monde.

Déni de coronavirus 

Le gouvernement du Myanmar continue d’affirmer qu’il n’existe aucun cas de COVID-19 dans le pays. Le porte-parole du gouvernement, Zaw Htay, a déclaré que l’absence d’infections signalées à ce jour est due au “mode de vie et aux pratiques alimentaires” des habitants du Myanmar. Il a ajouté que parce que les citoyens réglaient généralement leurs achats en espèces au lieu d’utiliser des cartes de crédit, il était moins probable qu’ils propagent le virus. De telles déclarations irresponsables ne font que donner un faux sentiment de sécurité à la population au sujet de la maladie et des risques d’infection.

Réfugiés et personnes déplacées

La situation pourrait aussi s’aggraver dans l’ouest du pays, dans l’État de l’Arakan. Le nombre de déplacés y a fortement augmenté à cause des combats. Et la minorité musulmane des rohingyas fait face à de nombreuses restrictions, notamment pour accéder à des soins de santé. Le Myanmar a des frontières étroites avec le Bangladesh, l’Inde, la Thaïlande et la Chine, qui ont été affectés par le virus. Dans l’État de Rakhine, au Myanmar, les Rohingyas sont confinés dans des camps ou vivent dans des villages partiellement détruits, sans installations sanitaires appropriées. Au Bangladesh, près d’un million de réfugiés rohingyas vivent dans des camps de réfugiés situés à proximité les uns des autres. Bien que les cas confirmés par COVID-19 restent dans la nation sud-asiatique à majorité musulmane, les Rohingyas sont extrêmement vulnérables en raison de leurs conditions de vie. Quatre à cinq d’entre eux partagent une tente fragile, dorment sur des sols boueux et luttent pour trouver de l’eau propre, du savon ou du désinfectant pour les mains, ce qui les expose à une éventuelle épidémie.

Selon le HCR, il y a au moins 12 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays (PDI) et de réfugiés vivant entre la Syrie, l’Irak, la Turquie et le Liban et l’Iran. Alors que les gouvernements préparent leur budget d’un milliard de dollars pour lutter contre le coronavirus, qu’arrive-t-il à ces apatrides qui dépendent uniquement de la bonne volonté des autres ? Il est essentiel que la communauté internationale et les Nations unies aident ces groupes minoritaires, les pays en développement en combattant la propagation du virus, ainsi qu’en les protégeant et en protégeant leurs droits pendant cette crise.

Droit du travail

L’un des plus grands problèmes de la pandémie de coronavirus est l’impact qu’elle a eu sur le droit du travail des pays comme les congés de maladie payés, le travail à domicile et l’assurance chômage. En fonction du travail d’une personne, ses avantages et la manière dont l’épidémie peut l’affecter dépendent fortement de son employeur et des règles de chaque pays. Les travailleurs de certains secteurs peuvent être en mesure de se mettre en quarantaine et de travailler entièrement à domicile, tandis que d’autres peuvent être obligés de continuer à travailler, ce qui les rend vulnérables à la maladie, comme ceux du secteur de la santé et des services publics. Compte tenu du taux de transmission élevé du virus, la question des congés de maladie payés doit être traitée de toute urgence. Des pays comme les EAU, le Qatar et le Bahreïn offrent un minimum de deux semaines de congé de maladie payé complet. L’Arabie saoudite offre 30 jours et l’Égypte 90 jours. En outre, les EAU, le Qatar et l’Arabie saoudite offrent une assurance médicale obligatoire à leurs employés. En Égypte, les employeurs sont tenus de fournir gratuitement les soins et les médicaments dans une clinique désignée, y compris les soins hospitaliers.

Comme les experts de la santé encouragent les personnes malades à rester chez elles et à se mettre en quarantaine, dans certains pays, il est totalement impossible de rester chez soi. Les États-Unis ne garantissent pas de congés de maladie payés aux travailleurs, ce qui semble être une terrible injustice. Malgré les efforts du Congrès pour créer un projet de loi d’urgence visant à accorder des congés payés, des millions de travailleurs américains ont été laissés pour compte, notamment les travailleurs des petites entreprises, car le projet de loi exempte les entreprises de l’obligation d’offrir des congés de maladie payés si l’entreprise compte moins de 50 employés. Le Times a rapporté que le ministère du travail a déterminé que l’offre de congés payés « compromettrait la viabilité de l’entreprise en tant qu’entreprise en activité ». Les entreprises de plus de 500 employés ont également été exemptées du projet de loi, mais de nombreuses entreprises ont déclaré qu’elles accorderaient volontairement des congés de maladie payés.

Face à un défi aussi important que la pandémie de coronavirus, les gouvernements doivent prendre des mesures drastiques pour arrêter la propagation du virus tout en protégeant les citoyens qui ont été directement et indirectement touchés. Alors que de plus en plus de personnes sont infectées, que les marchés boursiers chutent, que les écoles ferment, que les emplois disparaissent et que les pays se retrouvent en situation de confinement, une réponse mondiale unie n’a jamais été aussi cruciale. Pour vaincre cette pandémie, il faut surmonter collectivement les déséquilibres profondément enracinés et discriminatoires fondés sur la richesse, la classe sociale, le sexe, la race ou la religion et protéger les droits fondamentaux de tous les êtres humains.

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