L’AFDH exhorte les maires à boycotter le G20 et le Sommet Urban 20 en Arabie Saoudite

L’AFDH exhorte les maires à boycotter le G20 et le Sommet Urban 20 en Arabie Saoudite

Paris – Le mardi 22 septembre 2020, l’Association Francophone pour les Droits de l’Homme (AFDH) a écrit aux maires de Paris, Londres, Milan, Berlin et Rome pour leur demander de se retirer du sommet du G20 et d’Urban 20 en Arabie Saoudite qui se tiendra du 30 septembre au 2 octobre, un an après l’assassinat de Jamal Khashoggi.

L’AFDH souligne que l’Arabie saoudite pourrait utiliser le sommet du G20 pour dissimuler les violations des droits de l’homme commises au royaume. L’Arabie saoudite présente un bilan déplorable en termes de droits humains qui s’est aggravé ces dernières années sous la dictature du prince héritier Mohammed ben Salman, accusé d’être personnellement impliqué dans la mort du journaliste Khashoggi.

Les autorités saoudiennes ont entravé toute action judiciaire adéquate à la suite du meurtre de Khashoggi. Le rapport de l’ONU publié en juin 2019 par la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard, a conclu que Jamal Khashoggi a été victime d’ “une exécution extrajudiciaire pour laquelle l’État d’Arabie Saoudite est responsable aux termes du droit relatif aux droits humains”. L’Arabie Saoudite a refusé de coopérer avec Agnès Callamard lors de son enquête.

Les autorités procèdent de manière systématique à des arrestations arbitraires ciblant militants pacifiques, journalistes, universitaires et défenseures des droits, procèdent à des exécutions à l’issue de procès iniques et pratiquent couramment la torture et les mauvais traitements en détention. Avec l’Égypte, l’Arabie saoudite est actuellement le troisième pays le plus important en termes de nombre de journalistes emprisonnés. Fin décembre 2019, le royaume comptait 26 journalistes détenus et aucune accusation n’avait été divulguée dans 18 de ces cas.

En 2018, l’Arabie saoudite a mené une campagne nationale de répression contre les militantes saoudiennes qui ont toutes défendu le droit des femmes de conduire et plaidé pour la fin du système discriminatoire de tutelle masculine. Loujain al-Hathloul, Samar Badawi, Nassima al-Sadah, Nouf Abdulaziz et des dizaines de militants ont été arrêtés. Plusieurs activistes ont affirmé qu’elles avaient été torturées en détention, notamment en recevant des chocs électriques, des coups de fouet, des menaces de nature sexuelle et d’autres mauvais traitements. Si certaines femmes ont été temporairement libérées, beaucoup restent en détention pour leur militantisme.

Le prince héritier a fait des progrès limités dans la démolition du système de tutelle masculine. Les femmes sont toujours victimes d’une grave discrimination et doivent obtenir l’autorisation d’un homme pour sortir de prison, se marier, divorcer et quitter un foyer pour maltraitance domestique.

L’Arabie saoudite a exécuté un nombre record de personnes en 2019. Les autorités ont mis à mort 184 personnes (six femmes et 178 hommes) l’année dernière, dont tout juste plus de la moitié étaient des étrangers. En 2018 ce chiffre était de 149. Le 23 avril 2019, quelque 37 hommes, dont 32 chiites déclarés coupables de “terrorisme” à l’issue de procès fondés sur des “aveux” obtenus sous la torture, ont été mis à mort dans le cadre d’une exécution collective.

L’implication du Royaume dans le conflit au Yémen – qui a été considéré comme la pire crise humanitaire au monde, a forcé plus de 3,6 millions de personnes à fuir leurs foyers et plus de 24 millions de personnes (80% de la population) ont besoin d’une aide humanitaire. Depuis le début du conflit en mars 2015, plus de 100 000 personnes ont été tuées à la suite d’attaques directes et indirectes contre des civils. La guerre a également entraîné une famine généralisée, tuant plus de 85 000 enfants. Les infrastructures et les services de santé de base sont complètement endommagés.

L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme a appelé les cinq maires à exhorter les autorités saoudiennes à s’engager à mettre fin à leur politique qui se traduit par des violations flagrantes des droits humains par:

  • Mener une enquête transparente sur le meurtre de Jamal Khashoggi
  • Libérer des militants, journalistes et autres détenus d’opinion qui ont défendu pacifiquement les droits des femmes et ont exercé leur droit à la liberté d’expression
  • Mettre fin à la discrimination à l’égard des femmes en abolissant le système de tutelle masculine du pays. Aucune femme ne devrait être obligée d’avoir la permission d’un homme pour sortir de prison, se marier, divorcer et quitter un centre d’accueil pour victimes de violences domestiques. En outre, le viol conjugal devrait être reconnu comme un crime, comme c’est le cas dans le droit international.
  • Abolir la peine de mort.
  • Retirer les troupes saoudiennes du Yémen et engager des pourparlers de paix sérieux pour mettre fin au conflit.

L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme estime que l’Arabie saoudite ne devrait pas participer au sommet du G20 de 2020 ni à Urban 20, et encore moins l’accueillir sans avoir d’abord amélioré son bilan en matière de droits de l’homme.

Nous espérons que ce boycott enverra un signal clair à l’Arabie saoudite pour lui faire comprendre que les violations des droits de l’homme ne peuvent être passées sous silence.

Fermer le menu