L’AFDH appelle au boycott du sommet du G20 organisé par l’Arabie saoudite

L’AFDH appelle au boycott du sommet du G20 organisé par l’Arabie saoudite

Paris – L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme (AFDH) a écrit une lettre au Président Emmanuel Macron, à la Chancelière Angela Merkel, au Premier ministre Boris Johnson, au Président du Conseil européen Charles Michel et à la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, leur demandant de se retirer du sommet du G20 qui se tiendra les 21 et 22 novembre en Arabie saoudite, à moins que les autorités saoudiennes ne répondent aux principales préoccupations en matière de droits humains.

L’AFDH souligne que l’Arabie saoudite pourrait utiliser le sommet du G20 pour dissimuler les violations des droits de l’homme commises au royaume. L’Arabie saoudite présente un bilan déplorable en termes de droits humains qui s’est aggravé ces dernières années sous la dictature du prince héritier Mohammed ben Salman, accusé d’être personnellement impliqué dans la mort du journaliste Khashoggi.

Les autorités saoudiennes ont entravé toute action judiciaire adéquate à la suite du meurtre de Khashoggi. Le rapport de l’ONU publié en juin 2019 par la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard, a conclu que Jamal Khashoggi a été victime d’ “une exécution extrajudiciaire pour laquelle l’État d’Arabie saoudite est responsable aux termes du droit relatif aux droits humains”. L’Arabie saoudite a refusé de coopérer avec Agnès Callamard lors de son enquête.

Les autorités procèdent de manière systématique à des arrestations arbitraires ciblant militants pacifiques, journalistes, universitaires et défenseurs des droits, et à des exécutions à l’issue de procès iniques. Le pouvoir pratique couramment la torture et les mauvais traitements en détention. Avec l’Égypte, l’Arabie saoudite est actuellement le troisième pays le plus important en termes de nombre de journalistes emprisonnés. Fin décembre 2019, le royaume comptait 26 journalistes détenus et aucune accusation n’avait été divulguée dans 18 de ces cas.

En 2018, l’Arabie saoudite a mené une campagne nationale de répression contre les militantes saoudiennes qui ont toutes défendu le droit des femmes de conduire et plaidé pour la fin du système discriminatoire de tutelle masculine. Loujain al-Hathloul, Samar Badawi, Nassima al-Sadah, Nouf Abdulaziz et des dizaines de militant-e-s ont été arrêtés-e-s. Plusieurs activistes ont affirmé qu’elles avaient été torturées en détention, notamment en recevant des chocs électriques, des coups de fouet, des menaces de nature sexuelle et d’autres mauvais traitements. Si certaines femmes ont été temporairement libérées, beaucoup restent en détention pour leur militantisme.

L’Arabie saoudite a fait des progrès limités dans le démantèlement du système de tutelle masculine. Toutefois, les femmes, y compris les femmes étrangères résidant dans le pays, n’ont aucun pouvoir sur leur propre vie et ne sont pas reconnues légalement comme des êtres humains à part entière. La loi saoudienne interdit la désobéissance au mari ou au tuteur masculin. Les femmes n’ont pas le droit de choisir leur conjoint sans l’approbation d’un tuteur masculin. En outre, les femmes saoudiennes ne peuvent pas transmettre la nationalité à leurs enfants. Les épouses étrangères de citoyens saoudiens ne sont pas autorisées à retourner dans leur pays d’origine sans la permission de leur mari. Malgré la loi sur la violence domestique adoptée par décret royal en 2013, les femmes continuent d’être victimes de la violence. En outre, les militant-e-s qui s’expriment sur la situation des droits des femmes et d’autres questions relatives aux droits de l’homme sont souvent arrêté-e-s sur la base d’accusations forgées de toutes pièces, ou porté-e-s disparu-e-s.

L’Arabie saoudite a exécuté un nombre record de personnes en 2019. Les autorités ont mis à mort 184 personnes (six femmes et 178 hommes) l’année dernière, dont tout juste plus de la moitié étaient des étrangers. En 2018 ce chiffre était de 149. Le 23 avril 2019, quelque 37 hommes, dont 32 chiites déclarés coupables de “terrorisme” à l’issue de procès fondés sur des “aveux” obtenus sous la torture, ont été mis à mort dans le cadre d’une exécution collective.

L’implication du Royaume dans le conflit au Yémen – qui a été considéré comme la pire crise humanitaire au monde, a forcé plus de 3,6 millions de personnes à fuir leurs foyers. Plus de 24 millions de personnes (80% de la population) ont besoin d’une aide humanitaire. Depuis le début du conflit en mars 2015, plus de 100 000 personnes ont été tuées à la suite d’attaques directes et indirectes contre des civils. La guerre a également entraîné une famine généralisée, tuant plus de 85 000 enfants. Les infrastructures civiles vitales sont complètement endommagés.

L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme a exhorté les dirigeants à exiger des changements spectaculaires au bilan lamentable de l’Arabie saoudite en matière de violations et d’appeler les autorités saoudiennes à:

  • Mener une enquête transparente sur le meurtre de Jamal Khashoggi
  • Libérer des militant-e-s, journalistes et autres détenu-e-s d’opinion qui ont défendu pacifiquement les droits des femmes et ont exercé leur droit à la liberté d’expression
  • Mettre fin à la discrimination à l’égard des femmes en abolissant le système de tutelle masculine du pays. Aucune femme ne devrait être obligée d’avoir la permission d’un homme pour sortir de prison, se marier, divorcer et quitter un centre d’accueil pour victimes de violences domestiques. En outre, le viol conjugal devrait être reconnu comme un crime, conformément au droit international.
  • Abolir la peine de mort
  • Retirer les troupes saoudiennes du Yémen et engager des pourparlers de paix sérieux pour mettre fin au conflit

L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme a conclu: “Nous pensons que l’Arabie saoudite ne devrait pas participer au sommet du G20, et encore moins l’accueillir sans avoir d’abord amélioré son bilan en matière de droits de l’homme. Nous espérons que ce boycott enverra un signal clair à l’Arabie saoudite pour lui faire comprendre que les violations des droits de l’homme ne peuvent être passées sous silence”.

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