Face au coronavirus, les sanctions américaines aggravent la crise sanitaire en Iran

Face au coronavirus, les sanctions américaines aggravent la crise sanitaire en Iran

Paris – La pandémie de coronavirus frappe le monde entier en confinant plus de la moitié de la population mondiale dans ses foyers, limitant sévèrement les mouvements de population et entraînant un ralentissement économique qui devrait durer des années. La directrice du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva a déclaré qu’elle s’attendait à une récession “assez profonde” en 2020, probablement pire que celle de 2009 qui avait suivi la crise financière.

Cette situation est plus sombre pour un pays qui est soumis sous à un régime de sanctions économiques strict par Washington. Non seulement l’économie iranienne est en lambeaux, mais le pays peine à apporter une réponse efficace à la crise sanitaire qui continue à faire des ravages dans le pays. La réponse de l’Iran à l’épidémie était en effet peu convaincante et manquait de clarté. Les autorités ont maintenu les célébrations de l’anniversaire de la révolution islamique le 13 février malgré les mises en grade du ministère de la santé.

Bien que les autorités ont réagi avec retard et incohérence à l’épidémie de Covid-19, les vastes sanctions économiques imposées par les États-Unis contre l’Iran affectent négativement la capacité du gouvernement iranien à répondre de manière adéquate aux conséquences sanitaires de la pandémie. La maladie a jusqu’à présent tué 3 452 personnes et en a infecté 55 743 autres en Iran. Au total, 19 736 personnes se sont également rétablies (au 4 avril 2020).

L’économie iranienne est en crise. Le pays a demandé au Fonds monétaire international (FMI) un prêt de 5 milliards de dollars pour lutter contre l’épidémie de COVID-19. Les différents prêts que peut accorder le FMI doivent être approuvés par le Conseil d’administration de l’institution, où, dans la pratique, aucune décision ne peut être prise contre la volonté des États-Unis.

Le président américain Donald Trump s’est retiré unilatéralement en mai 2018 de l’accord international sur le nucléaire iranien, et a rétabli des sanctions économiques dures, visant principalement les secteurs pétrolier et bancaire iraniens. Les biens humanitaires, notamment le matériel médical et les médicaments, sont techniquement exempts.

Human Rights Watch a déclaré que ce sanctions ont fortement limité la capacité de ce pays à financer des importations de produits à caractère humanitaire, notamment des médicaments.

Bien que l’administration américaine ait déclaré avoir offert d’aider le peuple iranien en facilitant la livraison de l’aide humanitaire et médicale, le gouvernement iranien a déclaré qu’il n’accepterait jamais ces aides pour lutter contre le nouveau coronavirus.

Hassan Rohani a exhorté le peuple américain à faire pression sur le gouvernement américain pour qu’il lève les sanctions contre l’Iran. Toutefois, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a déclaré que Téhéran mentait au monde et cachait de nombreuses informations sur le nombre de morts et de personnes atteintes de coronavirus dans son pays.

La crise entre l’Iran et les États-Unis se poursuit dans une guerre de mots, ce qui menace non seulement la capacité de l’Iran à contrôler la pandémie de coronavirus, mais également la sécurité mondiale. Si la communauté internationale veut maîtriser la pandémie, il faut le faire à l’échelle mondiale, sinon le risque d’une deuxième vague d’infection restera persistant. En outre, le chef du commandement central américain, le général Kenneth McKenzie a prévenu que la situation en Iran comportait aussi des risques pour la stabilité régionale. La crise sanitaire pourrait rendre le régime « plus dangereux », au moment où ses chefs peuvent être tentés de « rassembler l’opinion face à une cible extérieure ».

L’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont récemment indiqué avoir livré du matériel médical à l’Iran dans le cadre du mécanisme de troc Instex permettant de contourner les sanctions américaines, utilisé pour la première fois. Créé en janvier 2019 par les Européens pour contourner les sanctions américaines, Instex a pour but d’encourager le commerce de biens non sanctionnés, dans lequel les entreprises hésitent aussi à s’aventurer, par peur de se retrouver dans le viseur américain.

L‘Iran a également reçu des équipements médicaux ou une aide financière de plusieurs pays comme l’Azerbaïdjan, la Chine, les Émirats arabes unis, le Japon, le Qatar, la Russie et la Turquie.

Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies Antonio Guterres a lancé un appel « à un cessez-le-feu immédiat, partout dans le monde » afin de préserver, face à l’épidémie de Covid-19, les civils les plus vulnérables dans les pays en conflit.

Dans un article intitulé « Les sanctions paralysent la lutte de l’Iran contre les coronavirus », publié dans The Guardian le samedi 4 avril, le maire de Téhéran, Pirouz Hanachi, a écrit à propos des sanctions américaines et de leur impact sur l’Iran : « la capacité de mes collègues et moi à fournir les infrastructures sanitaires, logistiques et autres nécessaires pour lutter contre la maladie a été considérablement réduite. Nous subissons chaque jour cette perte et elle peut être comptabilisée chez des personnes qui ne seraient pas mortes.”

Le monde est confronté à une crise sans précédent et seule une réponse mondiale solidaire et collective nous permettra de surmonter cette pandémie.

L’Association Francophone pour les Droits del’Homme (AFDH) s’est joint à d’autres ONG et des Nations unies pour exiger une levée immédiate des sanctions au nom de la lutte contre la pandémie. La crise sanitaire mondiale rappelle avec force l’importance de la solidarité internationale. Les nations du monde entier doivent travailler ensemble pour affronter le Covid-19. Par conséquent, ce n’est pas le moment de pointer du doigt et de juger, au moment où le monde a besoin d’unité et de coopération. Raison pour laquelle, les nations développées doivent servir comme exemple, en faisant preuve d’un véritable leadership.

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