En Egypte, les influenceuses de TikTok dernière cible des autorités

En Egypte, les influenceuses de TikTok dernière cible des autorités

Paris – Depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi en 2014, des centaines de journalistes, militants politiques, avocats, intellectuels ont été arrêtés, la dernière cible du régime a été les influenceuses sur TikTok.

Plusieurs jeunes créatrices de contenus TikTok ont été interpellées ces dernières semaines après avoir mis en ligne des vidéos jugées « immorales » et « dépravées ».

La répression des femmes influenceuses sur TikTok a commencé le 23 avril 2020 avec l’arrestation de Haneen Hossam, suivie par plus d’un million d’abonnés. Elle propose à ses fans de collaborer avec elle sur les réseaux sociaux. Elle offre aux femmes de plus de 18 ans la possibilité de gagner environ 2 500 à 3 000 dollars grâce à des chats vidéo en direct avec des étrangers. Dans la vidéo, Hossam a ajouté : « Vous pourrez nouer des amitiés avec des gens de manière respectable ». Son message a été interprété comme une promotion de la prostitution. Elle a dû payer une caution de 10 000 livres égyptiennes (550 euros) pour retrouver la liberté. Ghadeer Ahmed, une féministe égyptienne très connue, a pris la défense de Hossam en affirmant qu’elle avait été la cible des autorités dans le cadre de diverses campagnes d’intimidation. Cette vidéo est devenue virale et certains animateurs de télévision et YouTubers l’ont accusée d’engager des jeunes femmes égyptiennes comme « travailleuses du sexe en ligne », ce qui est illégal et va à l’encontre de la moralité publique », a-t-elle déclaré. Avant son arrestation, l’influenceuse a publié une autre vidéo dans laquelle elle affirmait ne pas appeler à la « débauche », ajoutant : « De nombreux acteurs célèbres utilisent TikTok. Cela signifie-t-il qu’ils travaillent dans la prostitution ? »

Une autre affaire concerne Mawada El-Adham, 22 ans, véritable vedette sur TikTok qui affiche aussi deux millions d’abonnés sur Instagram. Elle a été arrêtée par les autorités qui l’ont accusée de publier des vidéos incitant à “l’immoralité” et aller à l’encontre des mœurs de la société égyptienne. Le ministère de l’intérieur égyptien a déclaré qu’El-Adham a été arrêtée pour « violation des valeurs familiales » et « création, gestion et utilisation de sites web et de comptes sur les médias sociaux dans le but de commettre ces crimes ».

Haneen Hossam et Mawada El-Adham sont accusées d’avoir violé les principes et les valeurs familiales en Égypte ainsi que d’avoir incité à la débauche. Elles sont également accusées d’avoir créé des comptes privés en ligne à des « fins immorales ». Ensemble, elles font face à neuf accusations – dont trois crimes. Leurs délits comprennent « la participation à la sollicitation et à l’exploitation de filles par le biais de la diffusion en direct », « la violation des valeurs et des principes de la famille égyptienne », « la traite des êtres humains », « le partage de vidéos incitant à l’immoralité afin d’augmenter leur audience  » et « l’encouragement d’adolescentes à partager publiquement des vidéos avec les leurs en termes d’immoralité ». Elles ont également été accusées de « fuir la justice » et de « tenter de décrypter leurs téléphones et leurs comptes sur les réseaux sociaux ».

Lors d’une première audience le 15 juin 2020, El-Adham a déclaré : « Je n’ai rien fait qui mérite cette punition. Toute l’Egypte est sur l’application en train de poster du contenu ». Si les deux femmes sont reconnues coupables d’avoir publié des images et des vidéos inappropriées, elles seront condamnées à des peines de prison allant jusqu’à deux ans et devront payer une amende pouvant aller jusqu’à 10 000 livres égyptiennes (540 euros). Si elles sont toutes deux reconnues coupables d’avoir promu la prostitution sur les médias sociaux, elles pourraient être condamnées à une peine de prison allant jusqu’à trois ans.

L’exemple le plus inquiétant est sans doute celui de Menna Abdel-Aziz, 17 ans. Victime de viol, elle poste une vidéo sur TikTok, son visage couvert de contusions pour dénoncer ce crime. La jeune fille est par la suite arrêtée pour « promotion de la débauche ». Pour le procureur général, « elle a commis des crimes » et « mérite d’être punie ». L’adolescente a finalement été transférée dans un centre pour femmes victimes de violences, grâce à l’intervention de l’ONG Egyptian Initiative for Personal Rights.

En Égypte, des militants et des militantes ont lancé une campagne électronique appelant à la libération immédiate de toutes les femmes arrêtées pour débauche. Les procureurs égyptiens ont ordonné la détention de 9 influenceuses sur TikTok en se basant sur les lois de la cybercriminalité et à la criminalité informatique, qui pénalisent certains contenus, notamment tout acte considéré comme violant les valeurs et principes familiaux de la société égyptienne. Les neuf femmes actuellement détenues sont Haneen Hossam, Mawada El-Adham, Renad Emad, Menna Abdel Aziz, Sherry Hanem, Nora Hesham, Manar Samy, Hadeer Hady et Bassant Mohamed. La pétition appelle les autorités égyptiennes à accepter la diversité et mettre fin à la répression systématique des femmes sur TikTok. « Cela commence par les hommes qui créent des contenus sur YouTube en s’en prenant aux utilisatrices qui ne s’alignent pas sur leur position morale. Lorsque ces hommes commencent à interpeller les femmes, à les diffamer et à les menacer d’emprisonnement, ils favorisent une culture de la violence qui normalise et justifie la punition des femmes nommées ».

L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme (AFDH) estime que ces arrestations visent à écraser la dissidence en ligne et menacent la liberté d’expression sous le couvert de la cybercriminalité. L’internet est devenu un outil essentiel pour créer des opportunités qui pourraient ne pas être offertes aux femmes d’une certaine classe. L’AFDH pense que cette répression systématique des femmes utilisant TikTok prive les femmes de leur droit au corps et de leur droit d’expression. L’Égypte n’est pas aussi conservatrice qu’elle le prétend et, surtout, le régime de al-Sissi n’est pas non plus le défenseur de l’éthique de la morale. Le ciblage des femmes qui semblent avoir violé la moralité publique a suscité l’indignation tant au niveau national qu’international, même si de nombreuses personnes en Égypte continuent d’encourager les arrestations. Nous pensons que la position du régime sur les valeurs conservatrices est une façon de se présenter comme le seul défenseur des valeurs traditionnelles et religieuse afin d’étouffer l’opposition.

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