Des milliers de victimes de disparitions forcées en Irak 

Des milliers de victimes de disparitions forcées en Irak 

Paris – L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme (AFHD) a reçu des témoignages exclusifs de familles en Irak dont leurs proches ont disparu. Des membres du Haut Commissariat aux droits de l’homme irakien (HCDH) ont également confirmé à l’AFDH les disparitions forcées de milliers de personnes.

Le docteur Anas Akram Mohammed, membre du conseil des commissaires du HCDH, a expliqué à l’AFDH les efforts des comités pour découvrir le sort de 8 615 personnes qui ont été victimes de disparition forcée depuis 2017. « Nous faisons de notre mieux pour accroître la coopération avec les différentes agences de sécurité afin d’obtenir des informations sur toutes les plaintes que le HCDH a reçues », a précisé le docteur Anas à l’AFDH.

L’AFDH a appelé à mettre fin à la pratique des disparitions forcées et à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à ce crime interdit par les lois irakiennes et internationales. Des civils, militants et opposants pacifiques ont été enlevés de force par les forces irakiennes et les milices armées. Certains sont détenus dans des centres de détention secrets à travers le pays sans accès à leurs familles ou avocats, tandis que d’autres ont été enterrés dans des fosses communes, à l’insu de leurs familles.

En janvier 2020, l’AFDH a reçu un témoignage exclusif du citoyen irakien Jasib Hattab Al Heliji sur son fils disparu, Ali Jasib Hattab Al Heliji. Mari et père de deux enfants, Al Heliji a été kidnappé le 8 octobre 2019 par des milices armées fidèles au gouvernement irakien dans la province de Maysan, selon son père. Al Heliji est un avocat des droits de l’homme, un militant et un membre du comité de défense des personnes enlevées. Il a participé activement aux manifestations antigouvernementales dans le pays et a défendu les manifestants arrêtés lors de ces manifestations.

Près d’un an plus tard, le père d’Al Heliji a déclaré à l’AFDH : “À ce jour, je n’ai aucune information concernant le lieu où se trouve mon fils. J’ai demandé au syndicat des avocats de solliciter les autorités pour qu’elles révèlent son sort”. Son père a expliqué qu’aucun avocat ou fonctionnaire judiciaire n’a accepté de prendre en charge son cas. “Je suis obligé de porter le sort de mon fils devant les tribunaux et d’exiger l’intervention des autorités pour obtenir sa libération”.

L’AFDH a également été informée de l’enlèvement d’Oussama Muthana Abbas, un journaliste de 22 ans qui a disparu de force le 3 janvier 2020 à son retour de la place Tahrir. Il couvrait les manifestations anti-gouvernementales qui ont repris dans la capitale, contre la corruption et le chômage. Sa famille a déclaré à l’AFDH qu’elle ignore toujours où il se trouve.

L’AFDH exprime son inquiétude face à la reprise des manifestations anti-gouvernementales, car au moins deux personnes ont été tuées à Bagdad. Ces morts sont les premières depuis que le nouveau Premier ministre irakien Mustafa al-Kadhimi a prêté serment en mai. Des dizaines de personnes ont également été blessées après que des agents de police aient tiré à balles réelles sur des manifestants qui protestaient sur la place Tahrir. L’AFDH a déclaré dans un communiqué :  » Nous appelons les forces de sécurité irakiennes à cesser d’utiliser une force excessive, y compris la force meurtrière, contre les manifestants, les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes, les ambulanciers et les personnes à mobilité réduite. L’usage excessif de la force contre les manifestants, les arrestations et les enlèvements de milliers de personnes constituent une grave violation du droit international et des droits de l’homme, c’est pourquoi des mesures sérieuses doivent être prises pour que les responsables de ces abus soient tenus pour responsables.”

Dans une pétition publiée par l’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme, trente organisations de défense des droits de l’homme, dont l’AFDH, ont appelé à mettre fin aux disparitions forcées en Irak. La pétition a mis en lumière le nombre record de personnes disparues et forcées en Irak après des décennies de conflit et de violations des droits de l’homme par diverses parties. Elle a appelé les autorités irakiennes à répondre aux appels à la divulgation d’informations sur les personnes disparues et libérer immédiatement les détenus sans charge dans les prisons secrètes. “Les milices armées en Irak opérant en dehors du cadre des structures juridiques et étatiques irakiennes devraient être démantelées. En même temps, les personnes actuellement détenues en secret devraient avoir un procès équitable et avoir accès à des visites familiales et à des avocats”, a exigé la pétition.

En mai, le nouveau Premier ministre irakien, Mustafa al-Kadhimi, a ordonné au ministère de l’Intérieur de révéler le sort et l’emplacement de milliers de personnes disparues de force pendant la guerre contre l’Etat islamique. La Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées stipule qu’aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse de l’état de guerre ou de menace de guerre, d’instabilité politique intérieure ou de tout autre état d’exception, ne peut être invoquée pour justifier la disparition forcée” et que “tout État partie prend les mesures nécessaires pour que la disparition forcée constitue une infraction au regard de son droit pénal”. Les autorités irakiennes doivent mener une enquête et juger équitablement les responsables présumés de ces exactions devant des juridictions civiles de droit commun.

Si vous connaissez quelqu’un qui a été victime d’une disparition forcée en Irak, veuillez déposer une plainte sur le site web de l’IHCHR, dans la section des plaintes, ici

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