Covid-19 : le monde face à la pandémie des fake news

Covid-19 : le monde face à la pandémie des fake news

Paris – L’épidémie du Covid-19 a entraîné une grave crise sanitaire mondiale qui a obligé les gouvernements du monde entier à adopter des mesures urgentes pour lutter contre la propagation de la maladie. Parallèlement à la pandémie, nous assistons à une épidémie dangereuse de désinformation, allant des conseils de santé nocifs et des discours de haine aux théories complotistes, à une époque où des politiques transparentes et des informations fiables sont essentielles pour protéger la santé publique.

À ce jour (7 mai 2020), le coronavirus a infecté plus de 3,8 millions de personnes et fait 265.929 morts dans le monde.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié d' »infodémie » la propagation des rumeurs et de la désinformation autour du COVID-19. Par ce néologisme d' »infodémie », l’OMS entend « une surabondance d’informations, certaines exactes et d’autres non, qui fait qu’il est difficile de trouver des sources dignes de confiance et des conseils fiables lorsque la population en a besoin ».

Bien avant le coronavirus, les régimes autoritaires ont utilisé les tactiques de la désinformation pour contrôler les citoyens. De nombreux gouvernements de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) ont été accusés de promouvoir des théories de complots, d’alimenter le discours haineux et d’interférer dans les élections sous le couvert de la pandémie de Covid-19. En plus, les dirigeants ont minimisé l’ampleur réelle du virus et son impact sur la santé publique et ont lancé des campagnes de désinformation à grande échelle pour en tirer des profits politiques et économiques.

Le porte-parole de la Commission européenne, Peter Stano, a signalé que certaines personnes dans la région MENA ont abusé de la crise afin d’inciter à la haine et à l’hostilité sunnite-chiite en ligne. Même des membres de l’État islamique utilisaient des hashtags liés au coronavirus pour promouvoir le message du groupe.

D’autres campagnes ont été lancées pour redorer l’image de Khalifa Haftar, commandant de l’armée nationale libyenne. Soutenue par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU) et l’Égypte, cette campagne avait commencé à personnaliser son message pour y intégrer des informations liées au coronavirus, tout en dénonçant les gouvernements d’Iran, de Turquie et du Qatar.

L’opération a rapidement été détectée par les chercheurs de l’Observatoire Internet de Stanford, qui ont alerté Twitter et Facebook. 5 350 comptes Twitter, 164 pages Facebook et 76 comptes Instagram ont été suspendus selon les déclarations publiées par Twitter et Facebook. Twitter a noté dans un communiqué que “les contenus faisaient l’éloge des dirigeants saoudiens, et critiquant l’action du Qatar et de la Turquie au Yémen”.

Les théories de complot qui connectent la pandémie et la religion ont secoué le monde arabe, beaucoup croyant que le virus ne les affectera pas en raison de leur foi forte. D’autres estiment que la l’infection par le coronavirus est une punition de Dieu pour avoir commis des péchés. Dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, le manque de transparence et le contrôle de l’information autour du Covid-19 alimentent les soupçons quant à l’ampleur de l’épidémie.

Dans les premiers stades du virus, l’Iran a minimisé la gravité du COVID-19, ce qui a contribué à la propagation rapide du virus dans le pays. Les élections parlementaires iraniennes de fin février se sont maintenues malgré l’annonce par l’OMS d’une pandémie mondiale. Craignant un faible taux de participation, le gouvernement a eu recours aux médias publics pour encourager les gens à quitter leur domicile pour aller voter.

Alors que les scientifiques du monde entier s’empressent de développer un vaccin pour lutter contre la propagation du coronavirus, les experts alertent que les “fake news” pourraient aggraver la pandémie. Une chaîne de télévision irakienne a diffusé cette information: « Urgent : la société pharmaceutique irakienne Pioneer confirme qu’elle dispose désormais d’un traitement contre le coronavirus ». Le rapport ajoute : « Nous attendons une déclaration du ministère de la santé afin de pouvoir célébrer cette nouvelle avec tous les patients infectés en Irak et ailleurs ». Ce reportage a été publié peu après le communiqué de presse de Pioneer sur sa page Facebook faisant état des efforts continus de la société pour fournir au public des médicaments considérés comme efficaces dans le traitement du coronavirus. La déclaration ne prétendait pas que la société pharmaceutique avait trouvé un nouveau traitement pour le virus. Le lendemain matin, Pioneer a publié une vidéo précisant que la société n’avait pas découvert de nouveau traitement pour le virus, mais qu’elle s’était plutôt concentrée sur la fourniture de médicaments anti-paludisme sur le marché irakien après que des recherches mondiales aient suggéré qu’ils pourraient être efficaces dans le traitement du COVID-19. La société a critiqué les médias pour avoir diffusé des informations inexactes .

La région MENA est déjà confrontée à des problèmes sérieux tels que le chômage, les faibles niveaux d’éducation, les conditions sanitaires précaires, et les régimes politiques totalitaires. Les habitants de cette région sont vulnérables à la désinformation. Les gouvernements ont un rôle essentiel à jouer dans la diffusion d’informations précises et fiables au public plutôt que de chercher des intérêts politiques lors d’une pandémie mondiale. La désinformation provoque la peur, la panique et la haine au sein des sociétés et ne fait que mettre la santé publique en danger. Ignorer ou minimiser la menace de COVID-19 représente un véritable risque pour la santé de millions de personnes à une époque où la solidarité mondiale est impérative.

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