Covid-19: Avec le confinement, les violences domestiques en hausse dans le monde entier

Covid-19: Avec le confinement, les violences domestiques en hausse dans le monde entier

Paris –  En temps de confinement lié à la pandémie de Covid-19, femmes et filles sont plus vulnérables aux violences que jamais. Bien que les mesures de confinement soient efficaces pour lutter contre la propagation du virus, elles peuvent aussi enfermer les victimes avec leurs agresseurs.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé un appel mondial à protéger les femmes et jeunes filles, alors que le confinement provoqué par la pandémie de coronavirus exacerbe les violences conjugales et intrafamiliales. « Ces dernières semaines, tandis que s’aggravaient les pressions économiques et sociales et que la peur s’installait, le monde a connu une horrible flambée de violence domestique », a déploré le chef de l’ONU. Cependant, avant même la propagation mondiale du nouveau coronavirus, les statistiques montraient qu’un tiers des femmes dans le monde avaient subi une forme de violence dans leur vie.

En Tunisie, le ministère de la femme, de l’enfance et de la famille Asma Shiri  a annoncé que le nombre d’agressions signalées contre les femmes, pendant la première semaine de confinement,  a été multiplié par cinq par rapport à la même période en 2019. Le ministère a mis en place un numéro gratuit pour recevoir les appels des femmes ayant subi des actes de violence.

En 2017, la Tunisie a adopté des lois pour lutter contre la violence fondée sur le genre en augmentant le soutien aux femmes victimes de violences domestiques par la création de huit centres d’hébergement. Pendant la pandémie de Covid-19, des composantes de la société civile ont appelé à faire en sorte que les victimes de violences puissent déposer leurs plaintes directement auprès du ministère public sans passer par les unités spécialisées et d’appliquer les mesures urgentes et provisoires obtenues auprès du juge de la famille, telles que la pension alimentaire. Elles ont souligné la nécessité d’autoriser l’éloignement de l’agresseur du domicile conjugal.

Les militants et les groupes de défense des droits des femmes en Turquie ont signalé une augmentation spectaculaire du nombre de meurtres de femmes depuis la recommandation du confinement faite par le gouvernement le 11 mars. En l’espace de 20 jours, la plateforme « Mettons fin aux meurtres de femmes » a rapporté que 21 femmes avaient été tuées. Le groupe a ajouté que de nombreuses femmes contactées avaient peur de dénoncer la violence de leur partenaire. La responsable de la Fédération turque de l’association des femmes a également fait état d’une augmentation du nombre d’appels aux lignes d’urgence précisant les abus physiques et psychologiques.

Une vidéo a été diffusée récemment sur les médias sociaux, Eman Al-Khateeb, une femme jordanienne de 36 ans, a déclaré en larmes qu’elle avait été victime de violences physiques et émotionnelles de la part de sa famille. Elle a ajouté qu’elle est divorcée avec un fils de 13 ans, ayant perdu son emploi dans le commerce de détail suite à la pandémie. Son ex-mari, dit-elle, vit à l’étranger et ne paie pas de pension alimentaire. Elle a signalé que son frère l’a expulsée de la maison et  lui avait interdit de revenir au foyer à moins qu’elle n’apporte de l’argent avec elle. Eman a affirmé que son frère avait menacé de la tuer. Depuis la publication de la vidéo en direct sur Facebook, l’Union des femmes jordaniennes les a placées, elle et son fils, dans un centre d’hébergement.

Bien que près de la moitié des pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) aient adopté des lois pour lutter contre la violence domestique, selon Human Rights Watch, ils n’ont pas réussi à réprimer les abus. La pression supplémentaire d’une pandémie mondiale, les convictions patriarcales déjà ancrées dans le monde arabe, ainsi que les restrictions de mouvement, provoquent quotidiennement des réactions de stresse.

Avec les répercussions socio-économiques de cette pandémie, le moment de mettre en place des stratégies efficaces et de déployer des efforts pour protéger les femmes et les filles n’a jamais été aussi crucial. L’Association Francophone pour les Droits de l’Homme (AFDH) appelle à la mise en œuvre des mesures suivantes :

  • Augmenter les budgets et des investissements dans les services et les organisations de la société civile
  • Mettre les services à la disposition des victimes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7
  • Déclarer les refuges comme des services essentiels
  • Veiller à ce que les coupables soient poursuivis dans le cadre de systèmes judiciaires équitables
  • Créer des moyens sûrs pour que les femmes puissent chercher de l’aide sans alerter leurs agresseurs
  • Former les travailleurs d’urgence à la gestion et au soutien des victimes de la violence fondée sur le genre

Comme l’a déclaré le secrétaire général des Nations unies,  » de nombreuses femmes et jeunes filles se retrouvent particulièrement exposées à la violence là où elles devraient en être protégées : dans leurs propres foyers « .  Les gouvernements du monde entier doivent garantir la protection des droits et des libertés des femmes.

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